En communiquant, on rentre souvent dans des batailles d'égo sans le vouloir. Aucun ne veut ou peut entendre l'autre, et rapidement la communication devient tendue. Ça se passe entre voisins, ça se passe entre nations.
La Communication Non Violente (CNV) est un langage qui permet d'éviter ça, en agissant à la fois sur la forme, et surtout sur le fond.
Le but : que nous apprenions à vivre en paix, avec les autres humains, avec les autres animaux, avec la nature.
Bien loin des clichés simplistes ou sectaires dont tu as pu entendre parler, peu de personnes comprennent réellement la CNV. Alors si tu veux bien, laisse tes a priori de côté quelques minutes, pour que je puisse t'en montrer une vision plus profonde.
Ce que la communication non violente n'est pas : tous les faux clichés
La CNV a profondément transformé mon rapport à moi-même et aux autres. C'est l'une des rares approches que j'ai découvertes où il y a eu un avant / après dans ma vie.
Mais le problème, c'est que beaucoup de gens passent à côté parce qu'ils en ont une vision biaisée. Je comprends : si j'avais ces a priori, j'aurais sûrement aussi passé mon chemin. Ça aurait été dommage de louper ça...
Alors si tu as des méfiances envers la CNV, je t'encourage à commence par regarder si certaines tombent dans l'un de ces 9 points. Auquel cas, je te conseille d'aller voir l'article que j'ai écrit pour déconstruire ces clichés :
- La CNV n'est pas une injonction à s'écraser et ne plus rien dire
- La CNV n'est pas une technique de manipulation
- La CNV n'est pas une technique
- La CNV n'est pas une manière de parler inauthentique ou robotique
- La CNV n'est pas un truc de bisounours
- La CNV n'est pas une obligation
- La CNV n'est pas une secte
- La CNV n'est pas un truc de privilégié
- La CNV n'est pas une injonction à ne plus s'indigner et se dépolitiser
Clique ici pour lire l'article qui déconstruit ces 9 clichés erronés sur la CNV.
Non : la CNV est bien plus pertinente que ça...
La CNV expliquée en 2 minutes : définition, principe, origine
La définition de la CNV
La CNV aspire à construire une société où l'on prend soin des besoins de chacun et chacune.
Elle propose pour ça une transformation profonde de la manière dont on rentre en relation : avec nous-même, avec les autres, avec le monde.
En pratique, elle suggère des outils et des façons de voir les choses qui nous aident à prendre en compte nos besoins et ceux des autres, sans jamais se faire violence.
C'est à la fois une philosophie de vie et un ensemble de techniques qui ont été formalisées par Marshall Rosenberg à partir des années 70.
Bien plus que de la communication, la CNV contient tout ce que tu as besoin de savoir sur l'intelligence émotionnelle, pour mieux prendre en compte tes émotions, ainsi que celles des autres.
Rosenberg a choisi la girafe pour symboliser la communication non violente, parce qu'avec son grand cou et son grand cœur, elle incarne la capacité à prendre de la hauteur sur les situations et écouter avec empathie.
À l'inverse, le chacal est utilisé pour symboliser la communication classique, violente : un animal qui aboie beaucoup parce qu'il a peur et ne sait pas bien exprimer ses besoins.
L'origine de la CNV
Marshall Rosenberg est parti d'un paradoxe :
Comment se fait-il que certaines personnes prennent plaisir à la violence, à punir d'autres personnes qu'elles jugent comme mauvaises ?
Tandis qu'à l'inverse, d'autres personnes dans la même société tirent leur joie en contribuant au bien-être des autres ?
En creusant, il s'est rendu compte qu'il y avait chez les personnes qui se comportaient de manière violente une conscience et un langage bien différents de celles qui se comportaient avec empathie...
En s'intéressant au mode de communication de ces-dernières, les empathiques, il a conscientisé une manière de communiquer qui existait déjà : il l'a alors nommée Communication Non Violente, en référence au mouvement de Gandhi.
Le principe de la CNV
L'idée de la CNV, c'est qu'à la surface, on communique des mots :
"T'es qu'un égoïste !"
"Tu fais jamais attention à moi !"
"T'es incroyable..."
Et c'est à cette surface que se situent les conflits.
Mais au fond, ce sont nos besoins qui s'expriment :
"J'ai tellement besoin de soutien, s'il te plaît aide-moi."
"J'aimerais tellement avoir confiance dans notre couple..."
"Merci d'avoir nourri mon besoin de soutien !"
Au fond, les êtres humains ne disent que deux choses : s'il-te-plaît, et merci.
S'il-te-plaît, aide moi à nourrir ce besoin.
Et merci, merci de l'avoir nourri.
Et au niveau des besoins, il n'y a pas de conflit, parce qu'il n'y a pas d'incompatibilité sur le plan des besoins.
On a donc deux êtres humains, sensibles et vulnérables qui aspirent finalement aux mêmes choses : être heureux, vivre en harmonie, nourrir leurs besoins... mais qui ne savent pas toujours comment s'y prendre.
Quand on revient aux besoins derrière nos jugements et nos critiques, on accède à un état de plus grande détente et harmonie, où l'on peut trouver des façons de nourrir tous les besoins en jeu, les nôtres et ceux des autres, sans qu'il n'y ait de perdant.
La proposition de la CNV, c'est de revenir à cette communication par les besoins, universelle, pour se reconnecter de cœur à cœur, d'une humanité à une autre.
Tu utilises déjà la CNV, sans t'en rendre compte
Au fond, la CNV désigne une fluidité d'interaction, au-delà des mots. Quand tu as des interactions fluides, tu es en CNV.
C'est quand l'interaction n'est plus fluide qu'il devient utile d'utiliser des mots. Et c'est là que la CNV se montre particulièrement utile, parce qu'elle apporte tout un vocabulaire qui permet de mettre plus de conscience sur ce qu'on vit.
La CNV n'est pas un nouveau langage : c'est une conscientisation de ce qui existe déjà. Elle est née en observant la façon dont les gens heureux communiquaient.
La CNV ne fait donc que décrire comment la connexion se passe quand on communique bien, et comment revenir à cet état quand la connexion est entravée.
Qu'est-ce qu'il y a de violent dans notre communication ? Pourquoi créer la communication non violente ?
Parce qu'à la racine de toutes les violences, il y a un mode de pensée qu'on partage toutes et tous...
Avant, je pensais que les plus grands problèmes environnementaux étaient la perte de biodiversité, l'effondrement des écosystèmes, et le dérèglement climatique.
Je pensais que 30 ans de sciences dures pourraient régler ces problèmes.
J'avais tort.
Les plus grands problèmes environnementaux sont l'égoïsme, la cupidité et l'apathie, et pour traiter ces problèmes, nous avons besoin d'une transformation culturelle et spirituelle.
Et nous, les scientifiques, ne savons pas comment faire ça.
Gus Speth, ancien administrateur du Programme des Nations unies pour le développement
Ce que la CNV dit, c'est que notre but en tant qu'êtres vivants, c'est de nourrir nos besoins. Quand ceux-ci sont nourris, on a des émotions agréables, comme la joie et la sérénité. Et quand nos besoins sont à sec, alors on ressent des émotions désagréables, comme la peur, la tristesse, la colère ou le dégoût.
Mais le monde dans lequel nous avons grandi ne nous a pas appris à être en contact avec nos émotions et nos besoins.
On a plutôt appris à juger ce qui était "bien" ou "mal". Et s'il existait le bien et le mal, alors forcément, notre but était d'être "bien". On a donc aussi appris à se comparer : au bien, au mal, aux autres.
Se comparer impliquait forcément de juger que certaines choses ou personnes étaient "mieux" et d'autres "moins bien". Et puisque le but était d'être "bien", il s'est formé une compétition pour devenir "meilleurs" que les autres. Ainsi le paradigme de la violence est né : comparaison, compétition, hiérarchie.
Quand on juge que certaines personnes sont "moins bien" que d'autres, peu à peu ce jugement se transforme en discriminations, puis en oppressions organisées. C'est ce que les blancs ont fait avec l'esclavage des amérindiens et des noirs africains. C'est ce qu'Hitler a fait avec les juifs. C'est ce qu'Israël fait avec les palestiniens.
Aussi horrible soit-elle, la violence n'est que l'expression tragique, absolument tragique, de besoins non nourris...
À force d'avoir eu des besoins entravés suite aux mesures de la fin de la première guerre mondiale, l'Allemagne a lancé la seconde et s'est acharnée contre les juifs et autres minorités. Puis les juifs d'Israël, traumatisés par les horreurs de la Shoah se sont acharnés contre les palestiniens. Qui, eux aussi avec leurs besoins entravés se sont acharnés avec des actes terroristes. Ainsi sont nés deux des plus grands génocides de l'histoire.
La succession de violences entre les français, les allemands, les juifs et les palestiniens pour ne citer qu'eux, est une série de tragédies qui n'a fait que répéter les mêmes schémas de violence :
Si une usine est démolie, mais que la logique qui l'a produite reste debout, alors cette logique produira simplement une autre usine.
Si une révolution détruit un gouvernement, mais que les schémas de pensée qui ont produit ce gouvernement restent intactes, alors ces schémas continueront de se répéter.
Robert Pirsig, Zen and the Art of Motorcycle Maintenance
Parce que, au fond, qu'est-ce qui a permis aux français et aux allemands de prendre les armes les uns contre les autres ? Des années à entendre des jugements, dévalorisant les uns aux yeux des autres.
Qu'est-ce qui a permis à l'Allemagne nazie de rendre possible la déportation des juifs ? Pareil : des années de propagande.
Ces violences entre groupes ne viennent pas de nulle part : elles viennent parce qu'on a monté des voisins, des familles, des individus les uns contre les autres. Sans conflits entre individus, il n'y aurait pas de conflits entre nations.
Le mode de pensée qui fait qu'on en veut à notre voisin, qu'on en vient à le détester, c'est ce même mode de pensée qui, à force de petits conflits entre voisins qui s'accumulent, tourne en guerres et en génocides.
La citation plus haut parlait des problèmes environnementaux, mais ce mode de pensée se retrouve dans toutes les grandes causes :
Ce qui pousse les humains à exploiter la nature, est exactement la même chose qui les poussent à exploiter les autres animaux, et la même chose qui les poussent à exploiter d'autres humains :
L'idée que les besoins de certains ont plus de valeur que ceux des autres.
C'est cette idée qui nous pousse à objectifier les autres pour atteindre nos propres objectifs.
C'est ce mode de pensée qui est à l'origine de toutes les violences.
Ce que la CNV propose pour construire la paix, c'est de revenir là où on a chacun et chacune le plus de pouvoir : à notre échelle individuelle.
Parce que si la violence émerge de nos émotions et besoins qu'on n'a pas su écouter, si ce sont nos conflits de voisinages qui se transforment en conflits de nations, alors peut-être qu'on peut prendre la responsabilité de ce mode de pensée chez nous ?
Parce que construire la paix à notre échelle, dans nos relations les plus intimes, revient à construire la paix à l'échelle des nations.
Alors ce que je t'invite à faire dans cet article, c'est de faire ce premier pas, et prendre notre responsabilité en tant qu'individus.
Le cœur de la philosophie CNV : les besoins, pour construire des relations et un monde en paix
Ce que la philosophie de la CNV dit, en deux mots, c'est que nous, les êtres humains, on aime contribuer au bien-être des autres, quand rien ne nous y force.
Toute la CNV repose là-dessus, en nous aidant à retrouver cet élan de contribuer quand on l'a perdu.
Tout comme une plante a besoin d'eau et de lumière, nous aussi nous avons des besoins essentiels à notre bien-être.
Par exemple :
- La sécurité
- L'appartenance
- L'autonomie
- La connexion
- L'évolution
- Le sens
- La contribution
Et bien d'autres...
Tout ce qu'on fait, dit, pense ou ressent vient de nos besoins.
- Si je fais un geste pour m'étirer, c'est sûrement parce que j'ai un besoin de mouvement.
- Si je parle d'un souvenir, c'est souvent pour nourrir un besoin de partage avec mes proches.
- Si je pense à mon lit, c'est peut-être pour réfléchir à quand je vais pouvoir remplir mon besoin de repos.
- Si je contribue au bien-être des autres, c'est justement pour nourrir mon besoin de contribution.
- Et si je me sens apaisé en m'enroulant dans ma couette, c'est parce que mon besoin de détente est nourri.
Nos émotions et nos sensations sont les messages qui indiquent si nos besoins sont nourris ou non.
Tout comme une plante s'épanouit quand ses besoins sont remplis, et flétrit sinon :
- Nous ressentons des émotions agréables quand nos besoins sont nourris, comme la joie et la sérénité.
- Nous ressentons des émotions désagréables quand nos besoins ne sont pas remplis, comme la peur, la tristesse, la colère et le dégoût.
Il y a une multitude de façons de remplir un même besoin. En CNV, on appelle ces façons de les nourrir, des stratégies.
Certains vont nourrir la connexion en parlant de la pluie et du beau temps, d'autres avec des conversations enflammées sur le sens de la vie, et d'autres enfin en faisant du sport ensemble. L'essentiel, c'est que ça nourrisse nos besoins sans en entraver d'autres.
Les besoins sont universels à tous les êtres humains.
Tout le monde a besoin de sécurité, d'appartenance, d'autonomie, de connexion...
Certains besoins, comme la sécurité, l'intégrité physique, l'alimentation, l'hydratation... sont même universels à tous les êtres sentients : c'est-à-dire les êtres vivants qui peuvent ressentir le plaisir et la douleur, comme les chiens, les chats, les chevaux, les vaches, les cochons, les poules, les lapins, les poissons, les abeilles, les fourmis et plein d'autres...
Les besoins sont universels, mais les stratégies pour les nourrir non.
Chaque être humain et chaque culture aura ses stratégies privilégiées pour nourrir certains besoins.
Par exemple les conversations sur la pluie et le beau temps, ou celles sur le sens de la vie : chacun·e aura ses préférences.
Les conflits se situent toujours au niveau des stratégies, jamais au niveau des besoins.
Ce sont les stratégies qui choquent ou qui divisent :
- Les français choquent les autres pays parce qu'ils mangent des escargots.
- Les chinois choquent parce qu'ils mangent des chiens et des chats.
- Les hindous sont choqués par ceux qui mangent des vaches.
- Les végétariens sont choqués par les omnivores qui mangent des animaux.
Pourtant, les besoins derrière sont souvent les mêmes :
- Alimentation (se nourrir)
- Plaisir (ici gustatif)
- Appartenance (par les habitudes culinaires de sa culture)
Ces différences au niveau des cultures existent aussi entre deux individus d'une même culture :
- Certaines personnes seront fatiguées des conversations abstraites et conceptuelles.
- D'autres seront lassées des conversations factuelles et terre à terre.
Mais parce que les besoins sont universels, on peut se relier à n'importe qui, au-delà des différences individuelles :
Même quand on est choqué·e par une stratégie, on peut se relier aux besoins que la personne a essayé de nourrir derrière, parce que nous aussi, nous avons ces besoins.
Nous aussi, nous savons à quel point ils sont importants.
On peut comprendre pourquoi la personne a fait ce qu'elle a fait, sans nécessairement approuver ce qu'elle a fait.
Et quand on se relie aux besoins des uns et des autres, on accède à un état de paix et de connexion qui permet de trouver des solutions créatives qui prennent soin des besoins de chacun·e.
Ça, c'est la promesse de la CNV.
Maintenant, voyons la pratique.
L'OSBD et les différenciations clés : les 4 étapes de la CNV
L'une des particularités de la CNV, c'est qu'elle fait des distinctions entre des trucs et des trucs, pour nous aider à tisser une relation plus douce avec nous-même et avec les autres. On appelle ces distinctions des différenciations clés.
Généralement, ce que les gens connaissent de la CNV, c'est le processus OSBD : les 4 grandes étapes de la CNV.
Ces 4 grandes étapes correspondent à 4 grandes différenciations clés, auxquelles on va rajouter 2 autres distinctions essentielles pour que tu saisisses le fonctionnement de la CNV.
0. Intention de relation ≠ Intention de résultat
La CNV est un ensemble de concepts et de pratiques pour nous aider à prendre soin de nos relations. Elle s'utilise donc toujours dans une intention de relation avec l'autre, jamais dans une intention de résultat.
L'intention de résultat, c'est quand on a un projet sur l'autre personne ou sur nous-même : on veut que la personne fasse quelque chose pour nous, on veut qu'elle change d'avis, etc... C'est ça, le mode de pensée qui finit par donner des violences.
Quand on fait de la respiration consciente pour se calmer, on est en intention de résultat avec nous-même : notre projet, c'est qu'on arrête de ressentir ce stress désagréable. Parfois ça fonctionne, mais souvent, ça produit l'effet inverse. C'est alors bien plus doux d'aller écouter son émotion avec une intention de relation.
L'intention de relation, c'est quand on cherche à être en lien avec soi ou avec l'autre personne, quoi qu'il se passe : que la personne soit joyeuse ou en colère, triste ou stressée, le but est d'être dans une relation où l'on cherche à être à l'écoute des besoins de chacun pour mieux en prendre soin.
Toute la communication en CNV se fait avec une intention de relation.
Intention de relation ≠ Intention de résultat
Si on est en intention de résultat, alors il vaut mieux prendre un temps à part plutôt que parler avec l'autre : sinon ça risque de devenir violent et endommager la relation. Mieux vaut revenir se parler quand on se sent de nouveau disposé·e à être en lien, ce qui peut parfois mettre beaucoup de temps, et c'est ok.
1. Observation ≠ Interprétation
Dans chaque situation, il y a des faits qui se produisent : c'est ce qu'une caméra aurait enregistré : A a dit ceci, B a fait cela, A a haussé les sourcils, B a augmenté le volume de sa voix...
Ces faits sont appelés des observations.
C'est la lettre O du processus OSBD.
La CNV distingue les faits d'une part, et les interprétations qu'on tire sur ces faits d'autre part.
Observation ≠ Interprétation
Ainsi, ce n'est pas la même chose de dire "Tu as levé les yeux au ciel" par rapport à "Tu t'en fous de ce que je te dis". Le premier est une observation, le second est une interprétation.
Ce n'est pas la même chose de dire "Cinq jours sur sept, tu es arrivée 20 minutes après l'heure qu'on avait convenue" ou de dire "Tu n'es jamais à l'heure".
Nos interprétations ne sont pas là réalité.
Par nature, elles sont fausses ou incorrectes.
L'autre personne ne pourra jamais nous entendre si on lui dit qu'elle n'est "jamais à l'heure" : elle ne manquera pas de nous signaler les exceptions à cette sentence : "C'est pas vrai ! Jeudi dernier j'étais là avant tout le monde !".
Les gens détestent être enfermés dans des cases et des jugements.
Les interprétations sont des jugements sur les faits.
Et les jugements ont tendance à couper la communication et faire escalader les batailles d'égo.
La CNV encourage autant que possible à éviter de prononcer des jugements devant les personnes concernées. Ça leur ferait juste mal.
Par contre, les interprétations / jugements sont de très bons indicateurs de nos besoins :
Dire d'une personne qu'elle est toujours en retard signale probablement un besoin de considération pour notre temps, qu'on passe ici à l'attendre.
La CNV ne rejette pas les jugements, bien au contraire : elle nous encourage à distinguer les faits de nos interprétations sur ces faits, pour choisir en conscience quand et avec qui on les exprime :
- Ce n'est pas au service de ta relation avec une personne que de lui dire les jugements que tu as sur elle.
- Mais c'est ok de vider ton sac avec plein de jugements auprès de ta psy ou tes ami·e·s, à condition qu'ils soient suffisamment détachés de la personne en question. Ça te permettra de te remettre en lien avec tes besoins, et ainsi de t'apaiser.
2. Sentiment ≠ Évaluation masquée
Comme je l'ai dit plus haut, quand nos besoins sont nourris, on ressentira des émotions et des sentiments agréables, et quand il ne seront pas nourris, des émotions et sentiments désagréables.
Émotions, sentiments, sensations, la CNV met tout dans le même paquet : nos ressentis émotionnels et corporels, qu'elle nomme sentiments.
Les sentiments vont venir mesurer l'intensité à laquelle nos besoins sont nourris ou non :
- Si je me sens satisfait, alors c'est qu'un besoin est légèrement nourri.
- Si je me sens en extase, alors c'est qu'il est particulièrement comblé.
- Si je me sens un peu inquiet, alors c'est qu'un besoin de sécurité ou de confiance n'est pas bien nourri.
- Si je me sens terrifié, c'est que ce besoin est complètement en panique.
Mon premier formateur CNV parlait des sentiments comme des "sentimètres" pour mesurer à quel point nos besoins sont nourris ou non.
Le problème, c'est que ce n'est pas la même chose de dire à quelqu'un qu'on se sent en colère, ou qu'on se sent "trahi".
Parce que se sentir trahi, ça sous-entend "trahi par toi". C'est donc un jugement qui est caché dans un faux sentiment et qui veut dire "tu m'as trahi".
On appelle ces faux sentiments des évaluations masquées, et on évite de les utiliser avec l'autre personne, de la même manière qu'on évite de lui dire des jugements.
D'où cette distinction :
Sentiment ≠ Évaluation masquée
Parce que les sentiments aident l'autre personne à se relier à ce qu'on a vécu, tandis que les évaluations masquées ont plutôt tendance à bloquer la connexion.
3. Besoin ≠ Stratégie
On en a parlé plus tôt :
Nous avons des besoins, et pour chaque besoin, de multiples façons de le nourrir.
Un besoin est indépendant d'une situation, d'un objet ou d'une personne.
Les besoins sont des états abstraits, comme la sécurité, la détente ou l'appartenance, alors que les stratégies sont très concrètes.
Donc :
Non, on n'a pas besoin de l'autre, on a besoin de connexion ou de sécurité affective.
Non, on n'a pas besoin de son téléphone, on a besoin de pouvoir communiquer ou de se détendre.
Et non, on n'a pas besoin de temps où d'argent, on a besoin de ce qu'ils nous permettent de vivre : ce sont des moyens, des stratégies au service de nos besoins, qui peuvent être nourris de plein d'autres manières.
Cette distinction peut nous aider à prendre du recul et lâcher prise sur une stratégie particulière qui ne fonctionne pas, afin de trouver une autre façon plus efficace de nourrir nos besoins :
Souple sur les stratégies, ferme sur les besoins.
Et comme les stratégies ne sont pas universelles, mais au contraire très personnelles, si on dit à l'autre qu'on a besoin de telle stratégie, l'autre a peu de chances de se relier à notre vécu, parce que cette stratégie ne lui parlera pas forcément.
Alors que tout le monde a besoin d'appartenance, donc tout le monde peut comprendre ce besoin.
Les sentiments donnent la mesure de ce qu'on vit – un peu nourri / pas du tout – tandis que les besoins en donnent la nature – appartenance / liberté / évolution / ...
4. Demande ≠ Exigence
Toujours dans l'idée d'éviter la violence et tout ce qui bloque la connexion, la CNV différencie les demandes des exigences.
Ce n'est pas la même chose de demander à une personne de faire quelque chose pour nous : elle peut tout à fait dire non...
Par rapport à exiger que cette personne fasse quelque chose pour nous...
Demande ≠ Exigence
Dans le second cas, on veut la forcer : on a un projet sur elle, une intention de résultat... Et c'est une forme de violence, parce qu'on cherche à priver l'autre de son libre arbitre, en niant son consentement.
Ça arrive qu'on ait des exigences sur les autres, ça arrive souvent, et c'est normal : parfois nos besoins sont tellement peu nourris, tellement en panique qu'on n'arrive pas à faire autrement qu'exiger que l'autre fasse une chose précise pour nourrir nos besoins.
Le problème, c'est quand on choisit malgré tout d'imposer cette exigence à l'autre.
Le mieux qu'on puisse faire quand on a une exigence est de prendre un temps à part pour se clarifier, pour être écouté·e par quelqu'un d'autre, afin de revenir dans une intention de relation où l'on est capable de faire une demande sans exigence.
- Une demande, c'est donc quand l'autre peut dire non et que c'est tout à fait ok.
- Une exigence, c'est quand il y a des conséquences négatives parce que l'autre a dit non.
Comprendre ≠ Approuver
La CNV nous encourage à comprendre les besoins qui nous motivent les uns les autres pour se relier au-delà de nos différences de stratégies.
Mais ça ne veut pas dire qu'on approuvera ces stratégies.
Comprendre ≠ Approuver
Ainsi, la CNV permet de comprendre les besoins derrière les actions d'un criminel :
Un braqueur de banque qui a tué un policier commettait probablement ce vol pour nourrir un besoin de sécurité financière, puis ce meurtre par besoin de sécurité physique quand il s'est retrouvé face au policier...
On peut d'autant plus comprendre que nous aussi, on a des besoins de sécurité financière et physique, et on sait à quel point ils sont importants.
Maintenant ça ne veut pas du tout dire qu'on approuve ce qu'il a fait.
Bien au contraire.
On peut comprendre ET reconnaître que sa stratégie ne prenait pas soin de plein d'autres besoins, chez lui et chez les autres :
- L'intégrité physique du policier, des clients et des employés de la banque
- Sa sécurité physique et sa liberté à lui, le braqueur
- La sécurité physique et financière de la société
Quand une stratégie est faite pour nourrir certains besoins, mais n'en nourrit pas d'autres, on dit qu'elle est tragique.
Il n'y a pas de bien et de mal dans le paradigme de la CNV.
Au-delà de la pensée binaire du bien et du mal, la CNV pose la question :
Qu'est-ce qui prend soin des besoins, et qu'est-ce qui n'en prend pas soin ?
Il n'y a pas de bien et de mal, mais il y a de l'utile et du tragique.
C'était tragique ce qu'il a fait. On ne veut pas que ça recommence. Et pour ça, c'est d'autant plus important qu'on puisse comprendre, profondément, ses besoins derrière ses actions :
- Pour pouvoir éviter que ça se reproduise : en prenant des mesures, en tant que société, pour éviter que nos citoyens arrivent à une telle carence de sécurité financière qu'ils en viennent à braquer des banques...
- Pour pouvoir humaniser cette personne, se connecter à son humanité et ainsi la traiter comme une humaine et pas comme un monstre, parce qu'une société humaine et juste traite tout le monde humainement, y compris les plus "monstrueux"...
- Pour pouvoir se relier à nos voisins par-delà nos différends : parce que si on est capable d'humaniser même les personnes avec les stratégies les plus tragiques, alors peut-être qu'on pourra trouver des moyens de vivre ensemble avec des citoyen·ne·s plus "classiques" : nos voisins, collègues, connaissances...
La CNV ne donne aucune obligation. Au contraire, elle propose des choix :
Elle propose de faire l'expérience de la différence entre une observation et une interprétation, un besoin et une stratégie, etc.
Ressentir la différence que ça fait...
- Sur ma relation avec moi-même
- Sur ma relation avec l'autre
- Sur ma relation avec le monde
Et une fois que j'ai senti la différence, choisir en conscience lequel je préfère utiliser à quel moment.
Marshall Rosenberg menait des médiations entre des tribus au Nigeria qui s'entretuaient depuis des années. Il disait qu'une fois que les besoins de chacun·e avaient été reconnus par les deux côtés, alors les solutions étaient trouvées en 20 minutes...
Que ce soit pour des cas extrêmes ou des cas plus classiques, le processus de la CNV est le même : seule l'intensité change.
À l'intérieur, on clarifie notre intention, nos observations O, puis nos sentiments S, puis nos besoins B, puis notre demande D : OSBD.
Mais avant de pouvoir s'atteler à la construction de la paix entre nations, voyons déjà comment on applique ça pour faire la paix entre amis et entre collègues.
À quoi ressemble la CNV en pratique
Quand l'interaction est fluide, il n'y a pas besoin de CNV. On peut l'utiliser pour rendre l'interaction encore meilleure, mais ce n'est pas une nécessité.
C'est quand quelque chose coince que la CNV devient nécessaire pour revenir à cet état de fluidité.
Disons que le moment où ça coince, c'est au temps T = 0 :
L'autre émet un jugement, une exigence ou de la culpabilisation envers toi, et tu ressens de la colère, du stress, ou autre.
La CNV propose une marche à suivre en deux temps – voici la version courte :
- Sur le coup : Tu fais de ton mieux avec ta disponibilité, et l'autre fait de son mieux avec la sienne. S'il n'est pas possible pour toi ou pour l'autre d'interagir sans violence verbale ou physique, alors le mieux est de couper court à l'interaction et de revenir plus tard quand vous êtes plus disponibles.
- Après coup : Tu prends le temps d'évacuer tes jugements, puis de te connecter à tes sentiments et besoins. Soit en solo, soit en recevant de l'écoute par quelqu'un d'autre, puis tu reviens vers l'autre une fois que tu te sens de nouveau en intention de relation.
Et voici le détail :
1. Sur le coup : comment communiquer avec CNV pendant la première interaction difficile
Disons que l'autre personne te balance un jugement, une exigence ou une culpabilisation.
Parfois aussi, on se le fait tout·e seul·e dans notre tête : on s'auto-juge, on se dit qu'on "doit" faire quelque chose, on s'auto-culpabilise.
Ça, c'est le stimulus : T = 0.
Et toi, tu vas avoir une réponse à T + 1.
"Entre le stimulus et la réponse, il y a un espace. Dans cet espace se trouve notre pouvoir de choisir notre réponse. Et c'est dans cette réponse que résident notre libre arbitre et notre capacité à évoluer."
Viktor Frankl, psychiatre juif survivant d'Auschwitz, auteur de Man's Search for Meaning et inventeur de la logothérapie
Ta réponse dépendra beaucoup de ta disponibilité émotionnelle :
- Soit tu as la disponibilité d'écouter l'autre et tenter de déceler son besoin et sa demande cachés derrière son jugement = Écoute empathique
- Soit tu ne peux pas l'écouter, mais tu peux exprimer tes sentiments et tes besoins en en prenant la responsabilité = Expression authentique
- Soit tu n'arrives pas à t'exprimer sans jugements, mais tu peux accueillir tes émotions et tes besoins à l'intérieur = Auto-empathie
- Soit tu n'arrives pas non plus à t'écouter, mais tu peux demander de l'écoute à quelqu'un d'autre pour accueillir ce que tu vis = Demande d'empathie
- Soit tu n'arrives même pas à demander de l'aide, et tu as juste besoin de partir = STOP
Ce que je viens de décrire, c'est l'échelle de disponibilité émotionnelle, un concept clé en CNV :
- Plus tu es en haut, plus tu as de la dispo pour être en lien avec l'autre, même si celui-ci communique en chacal (c'est-à-dire avec des jugements et exigences).
- Plus tu es en bas, moins tu as de la dispo pour être en lien, et plus tu tombes toi-même dans la communication chacal : le mieux est donc de prendre de la distance.
Si tu n'as pas de disponibilité mentale et émotionnelle, alors il est probable que tu n'arrives pas à saisir cet espace dont Viktor Frankl parle : celui entre le stimulus et ta réponse.
Et si tu n'y arrives pas, c'est ok.
Tu fais avec la disponibilité que tu as.
D'ailleurs, dans la philosophie de la CNV :
Chaque personne fait de son mieux à chaque instant pour prendre soin de ses besoins, en composant avec les ressources dont elle dispose sur le moment : son niveau de conscience, son environnement, ses expériences passées, son temps, son énergie, son argent...
Si tu n'as pas de dispo et que ce que l'autre a dit te fait réagir, peut-être que tu vas lui balancer un jugement en retour. Peut-être que tu vas hausser le ton.
Et si la personne en face n'a pas non plus beaucoup de disponibilité, elle va réagir aussi, et le ping-pong commencera :
Ce sont vos deux réactivités qui se répondent.
Et le mieux que vous pouvez faire là, c'est de mettre fin à l'interaction de la manière la plus douce possible :
"Attends, je sature, je crois qu'il vaut mieux que je prenne un temps pour moi, je préfère arrêter la conversation là et reprendre plus tard."
C'est la deuxième phase, "Après coup" qui sera la plus au service pour votre relation.
Et c'est normal : quand on débute en CNV, on a rarement assez d'espace pour faire de la CNV en temps réel. La CNV se fait alors plutôt dans un second temps, en mode curatif.
Par contre, plus tu pratiqueras, plus l'espace entre le stimulus et ta réponse augmentera...
Plus tu gagneras en libre arbitre.
Si au contraire tu as assez de disponibilité émotionnelle pour ne pas réagir au quart de tour, la CNV te propose 3 mouvements :
- L'auto-empathie
- L'expression authentique
- L'écoute empathique
L'auto-empathie, c'est le fait d'aller écouter en toi tes pensées, tes jugements, tes sentiments et tes sensations pour tenter de te connecter à tes besoins à l'intérieur de toi.
Quand la situation n'est pas trop activante et que tu as suffisamment de CNV derrière toi, alors tu peux te faire une auto-empathie express : respirer un bon coup, porter ton attention à l'intérieur, et écouter tes émotions et tes besoins. Parfois ça t'aidera à remonter sur l'échelle de disponibilité, et tant mieux, parfois non et dans ce cas il vaudra mieux prendre un temps à part.
L'expression authentique, c'est le fait d'exprimer ce que tu vis dans cette situation : tes sentiments, et tes besoins.
Je t'avoue que je me sens mal à l'aise quand tu dis que je suis toujours en retard...
Ah bon ?
Oui, je suis arrivé à l'heure les trois derniers jours, et c'est important pour moi d'avoir de la reconnaissance pour les efforts que je fais. Qu'est-ce que ça te fait d'entendre ça ?
Bah... désolé... j'avais pas fait attention...
L'écoute empathique, c'est le fait de d'écouter l'autre en essayant de se relier à son vécu émotionnel : ses sentiments et ses besoins.
L'empathie, c'est prendre la mesure de la nature de ce que vit l'autre personne.
La mesure de ce qu'elle vit, c'est ses sentiments : un peu agacé ou hyper en colère ?
La nature de ce qu'elle vit, c'est ses besoins : soutien, considération, autre chose ?
T'as dit que j'étais toujours en retard : est-ce que tu es agacée ?
Bah oui, ça m'énerve !
Ça t'énerve...
Oui !
Est-ce que t'as l'impression de perdre ton temps ?
Oui carrément, j'ai l'impression que tu t'en fous !
C'est important pour toi qu'on ait de la considération pour ton temps ?
Oui totalement, je suis épuisée au travail, je gère déjà plein de dossiers, je peux pas me permettre de t'attendre...
Ouais, t'es épuisée... Est-ce que t'aurais aussi besoin de soutien ?
Oui c'est ça, merci...
Les mots n'importent pas tant, à condition que tu cherches sincèrement à te mettre en lien avec les émotions de l'autre, et avec ses besoins.
En résumé : Sur le coup, tu fais de ton mieux avec ta disponibilité émotionnelle.
Si tu en as, tu peux alterner entre auto-empathie, expression authentique et écoute empathique.
S'il n'est pas possible pour toi ou pour l'autre d'interagir sans violence verbale ou physique, alors le mieux est de couper court à l'interaction et de revenir plus tard quand tu es plus disponible, et l'autre aussi.
Plus tu pratiqueras la CNV, plus l'espace entre le stimulus et ta réponse augmentera, et plus tu gagneras en capacités pour gérer la situation en live.
2. Après coup : comment utiliser la CNV pour se remettre d'une interaction difficile
Une fois que l'interaction est passée, si tu es encore sous le coup de l'émotion, ou que tu te surprends à ruminer la situation dans tous les sens, ça signifie que des besoins chez toi n'ont pas été entendus, et que tu as besoin d'empathie.
La CNV intervient alors de manière plus curative.
Là, il y a principalement deux options :
- Soit tu as la disponibilité pour te faire une auto-empathie
- Soit tu ne peux que recevoir de l'empathie de la part de quelqu'un d'autre
Quelle que soit l'option que tu choisisses, il y a toujours une première phase qui consiste à vider ton sac de tous tes jugements et interprétations, sur toi, sur l'autre, sur la situation.
On appelle ça laisser pisser le chacal.
Tu auras peut-être tendance à te censurer ou t'auto-juger d'avoir tous ces jugements.
En réalité, les jugements et les interprétations sont très précieux parce qu'ils nous donnent des indications sur nos besoins.
Si je dis que l'autre est un con d'égoïste, peut-être que j'ai besoin de soutien ou de considération.
Surtout, plus j'extériorise mes jugements et mes interprétations, plus je gagne de l'espace dans ma tête et dans mon cœur pour accéder à mes besoins, sans que ceux-ci ne soient obscurcis par mes pensées.
Ce que la CNV dit, c'est que les besoins ont avant tout besoin d'être reconnus et entendus.
Tu vois ce soupir de relâchement que tu as parfois quand tu vides ton sac à un·e proche, et qu'après un moment, pfiou, tu te sens plus détendu·e ?
Ça, c'est le signe que ton besoin a été entendu.
Au fond, l'essence de la CNV, c'est d'aller écouter ces besoins, chez toi, puis chez l'autre, avec la confiance que souvent, ça provoque ce déclic d'apaisement.
C'est quand tous tes besoins ont été entendus que tu peux facilement revenir à une intention de relation avec l'autre.
La CNV te propose donc ces deux pistes pour prendre soin de toi après l'interaction : l'auto-empathie, et la demande d'empathie.
Si tu peux te faire une auto-empathie, la CNV propose principalement deux exercices :
- La marelle, ou piste de danse
- Les quatre chaises
La CNV est avant tout un langage solo, et l'OSBD t'aidera à mettre de la clarté sur ce que tu vis.
Et si tu ne te sens pas de te faire une auto-empathie, le mieux est d'aller te confier à une personne de confiance qui peut te prêter ses oreilles de girafe et t'aider à te relier à tes besoins.
Il faut quelqu'un qui pourra entendre tes jugements sans s'offusquer, quelqu'un qui n'est pas trop proche de l'autre personne et qui sait que tes jugements ne parlent que de tes besoins.
Quelqu'un qui sait écouter sans ramener à soi, sans analyser, sans donner de conseil, sans te poser des diagnostics et sans chercher à te rassurer ou te consoler. Juste écouter, avec empathie.
C'est seulement quand tu te sentiras plus en paix, bien en lien avec tes besoins, et que tu ressentiras une forme de curiosité et de compassion envers l'autre que tu seras vraiment disponible pour aller lui parler, et l'écouter.
Ce sentiment de curiosité et de compassion, c'est le signe que tu es de retour en intention de relation : le cœur de la CNV.
Tant que tu es en intention de résultat, à vouloir faire comprendre à l'autre, lui prouver que, ou le faire changer... Tu ne pourras pas prendre soin de la relation.
Le mieux est donc de prendre plus de temps, et de recevoir plus d'empathie, jusqu'à ce que, peut-être, un jour, tu te sentes d'aller voir ce que vit l'autre : on appelle ça aller sur sa colline.
À ce moment-là, un dialogue constructif suivra globalement ces étapes :
- Proposer de discuter, en t'assurant de la disponibilité de l'autre.
- Choisir un moment calme, sans distraction.
- Signifier à l'autre ton intention de relation : j'ai envie d'avancer ensemble, de trouver des solutions ensemble, de coopérer, choisis les mots que tu préfères.
- Revenir sur la situation en écoute empathique ou en expression authentique, selon ce dont tu te sens capable.
- Alterner entre expression authentique et écoute empathique, jusqu'à ce que vous vous sentiez tous les deux plus détendus et en lien.
- Cherchez des solutions ensemble seulement une fois que vous êtes dans cet état de connexion.
- Profitez.
Sachant que parfois la communication est trop compliquée sans soutien, et c'est là qu'on peut faire appel à un médiateur ou une médiatrice CNV.
Mon expérience avec la CNV : 5 étapes, de l'effet waow à l'intégration progressive
C'est quand deux de mes relations les plus chères ont failli partir en éclats que j'ai vraiment senti l'utilité de la CNV :
- Dans le premier cas, mon coloc avait fait quelque chose qui avait brisé ma confiance. La cohabitation était hyper tendue.
- Dans le second cas, c'est moi qui avais fait quelque chose qui avait abîmé la confiance de ma copine. Nous étions tous les deux formés à la CNV, mais nous n'arrivions pas à aller au-delà.
Alors les deux fois, on a fait des médiations basées sur la CNV, avec l'aide d'un ami médiateur, Guillaume.
Je ne sais pas si on aurait encore été en lien sans ça...
Les deux fois, ça a sauvé notre relation.
Étape 1 - La découverte
Je me rappelle quand j'ai découvert la CNV pour la première fois. J'avais des étoiles dans les yeux.
J'y voyais un immense potentiel pour améliorer ma vie et celle des autres.
C'était à des ateliers d'initiation à la CNV que j'ai suivis assidûment pendant 1 an et demi.
J'ai tout de suite été conquis par la théorie, que je t'ai retranscrite dans ce grand article de fond.
Je l'ai trouvée très satisfaisante pour mon mental, très élégante.
Mais la CNV, ce n'est pas du mental : c'est de l'émotionnel, et surtout quand on est très dans le mental comme moi, ce qui importe vraiment, c'est la pratique.
On a vécu dans un monde où le paradigme de la violence, du bien et du mal, des jugements et des exigences est omniprésent. La CNV demande un désapprentissage de tout ces conditionnements, pour réapprendre une façon d'être en lien qu'on a oubliée.
Étape 2 - L'apprentissage de la grammaire
Toutes ces différenciations clés, tout ce vocabulaire : au début, la CNV a une phase un peu scolaire où l'on apprend ces distinctions, et on apprend à les repérer, au moins mentalement.
On fait ses gammes, on pratique l'OSBD, et s'y on se risque à essayer de parler comme ça avec nos proches, ce que je déconseille au début, on se fait qualifier de robot : "c'est bizarre ton truc".
C'est normal, c'est le début, avec la pratique ça deviendra plus naturel.
J'ai continué mes ateliers avec les 3 modules de base de CNV avec un formateur certifié, Jean-Luc Sost, que je recommande. J'ai suivi 3 autres modules d'approfondissement avec lui, sur l'empathie, les parts intérieures (IFS), et la honte et culpabilité.
Puis j'ai continué mon intégration en démarrant un groupe de pratique avec mon ami formateur Guillaume Armide, mon coloc, ma (future) copine, et deux autres (futurs) amis, qui a duré 1 an.
Étape 3 - L'intolérance provisoire
À mesure qu'on pratique la CNV, on se met à repérer la violence là où autrefois on ne la voyait pas : elle nous touchait, mais on ne savait pas dire ce qu'il y avait. Maintenant on a les mots, et il devient difficile de tolérer cette violence.
Parfois, on a tellement refoulé nos besoins par le passé, que quand on réalise qu'on a des besoins et qu'ils sont légitimes, on se met à les affirmer haut et fort, sans prendre en compte ceux des autres : c'est passager, mais c'est assez désagréable pour l'entourage : c'est la phase ingrate émotionnelle.
D'autres fois, tout comme certains sont des grammar nazi pour l'orthographe, il arrive que certains deviennent intransigeants avec les autres sur la grammaire de la CNV :
C'est pas CNV !
En réalité, c'est notre conditionnement chacal qui prend un masque et tente de se faire passer pour une girafe.
Ça a été mon cas : j'ai très vite compris et appris la grammaire CNV. Puis je l'ai utilisée pour me culpabiliser et culpabiliser les autres. Ce n'est pas une phase dont je suis très fier.
Ça s'est situé dans l'année qui a suivi mes 3 modules de base, autour de mon groupe de pratique.
Mais heureusement, j'ai pu la dépasser :
Étape 4 - La douceur, l'indulgence et le lâcher prise
La phase d'intolérance précédente prenait souvent racine dans une injonction qu'on se mettait et qu'on mettait aux autres :
Il faut "parler en CNV".
Évidemment, c'est un contre-sens, parce que l'intention de relation n'y est pas, et il y a une exigence : tout l'inverse de la CNV.
Peu à peu, je me suis autorisé à exprimer des jugements, à parler plus naturellement, à ne pas utiliser la CNV systématiquement, et c'est là que la fluidité de la CNV a pu me venir plus facilement.
Paradoxalement, c'est en mettant un peu plus de souplesse sur cette injonction, en se défaisant de "l'obligation" à utiliser la CNV, qu'on peut finalement mieux l'incarner.
Étape 5 - Allers-retours entre pratique et oubli
Au début, on est incompétent, et on ne le sait pas : c'est l'incompétence inconsciente.
Puis on apprend une nouvelle façon de communiquer, comme la CNV, et pouf, on devient consciemment incompétent.
Alors on pratique, et on devient consciemment compétent, mais il faut encore y penser.
L'intégration la plus longue et progressive, c'est celle de la compétence inconsciente.
Je suis à cet étape où j'alterne entre oublier la CNV, l'utilisant toujours spontanément dans mon couple et mon quotidien... Et me rendre compte de choses que j'ai oubliées de la CNV, ce qui me donne envie de re-pratiquer plus consciemment.
Des allers-retours, entre oubli et pratique consciente.
Qui sait quelle étape il y aura ensuite ?
Sûrement la transmission, pour intégrer un peu plus la CNV et la faire découvrir à d'autres. Parce que vu comme elle m'a apporté, je trouverais ça dommage que d'autres n'en profitent pas
Pour aller plus loin
- Mes autres articles sur le sujet
- Vidéo de Marshall Rosenberg
- L'intention de Issa Padovani
- Article Responsabilité émotionnelle
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- Relire les concepts expliqués dans l'article pour bien les intégrer :
- Intention de relation ≠ Intention de résultat
- Observation ≠ Interprétation
- Sentiment ≠ Évaluation masquée
- Besoin ≠ Stratégie
- Demande ≠ Exigence
- Comprendre ≠ Approuver
- Échelle de disponibilité
- Auto-empathie
- Expression authentique
- Écoute empathique
- Lire le livre Les mots sont des fenêtres, ou bien ce sont des murs de Marshall Rosenberg
- Aller à un atelier de découverte
- Suivre les 3 modules de base
- Rejoindre un groupe de pratique
