9 faux clichés sur la CNV : es-tu victime de ces stéréotypes ?

La CNV souffre de nombreux faux clichés et stéréotypes. Souvent, ça vient de personnes qui ne l'ont pas bien comprise, ou qui ont fait les frais de personnes qui disaient faire de la CNV, mais ne l'incarnaient pas vraiment, voire pas du tout. Je suis désolé pour ça.

C'est important de distinguer la philosophie de la CNV d'une part, et les personnes qui l'enseignent d'autre part. Il y a clairement des personnes qui se gourent sur la CNV, et des formateurs et formatrices plus ou moins compétents...

Ce serait dommage de passer à côté d'une approche aussi puissante, juste parce qu'on t'en à transmis une image biaisée.

Alors s'il-te-plaît, ne te laisse pas avoir par ces 9 faux clichés les plus courants sur la CNV : cet article te donnera la réalité derrière les a prioris...



1. La CNV n'est pas une injonction à s'écraser et ne plus rien dire

La CNV ne va pas te pousser à te transformer en bisounours et cacher tes émotions "négatives", bien au contraire :

Le but est justement d'être en contact avec toutes tes émotions, y compris ta colère, et de trouver une façon de les exprimer qui ne soit pas destructrice pour toi ou pour les autres.

Il y a même un stage de CNV de 2 jours dédié exclusivement à la colère, son rôle, et comment l'accueillir sainement.

Le credo de la CNV est ni hérisson, ni paillasson : ne pas être agressif, ne pas non plus être passif.

Moi-même, j'avais tendance à m'écraser et ne rien dire. J'exprime plus souvent ma colère et je dis beaucoup plus les choses depuis que je fais de la CNV. Évidemment, ça aide de savoir comment mieux les exprimer.


2. La CNV n'est pas une technique de manipulation

Peut-être que tu as fait les frais de managers dans des grosses boîtes qui "utilisaient" la CNV pour que leurs employés se sentent entendus, afin de mieux les manipuler ensuite.

Si c'est le cas, j'en suis sincèrement désolé, et je désapprouve totalement cette pratique. C'est complètement à l'opposé de la philosophie de la CNV, et c'est malheureusement le risque quand certains l'utilisent comme technique, sans la philosophie derrière.

La manipulation, c'est le fait de dissimuler ou transformer la vérité pour que l'autre fasse ce que tu veux, souvent à ses dépens. C'est une manière d'imposer ses exigences.

C'est tout l'opposé de la CNV, où l'on cherche justement à éviter les exigences, et où le consentement est au cœur de toutes les interactions.

Le but de la CNV, c'est d'apprendre comment exprimer tes besoins de manière transparente et authentique, sans aucune dissimulation, pour augmenter les chances que les autres aient envie de t'aider.

Et ce qui augmente ces chances, c'est précisément le fait que les autres ne sont ni forcés ni trompés : ils sentent qu'ils sont libres de t'aider, que tu ne leur en voudras pas s'ils disent non, et donc ça leur donne davantage envie d'accéder à ta requête que si tu essayais de les forcer.


3. La CNV n'est pas une technique

Quand on débute en CNV, on peut croire que celle-ci se résume aux 4 étapes OSBD (Observation, Sentiment, Besoin, Demande), qu'on doit appliquer de manière scolaire à toutes nos interactions.

Ce qui signifierait donc parler en disant "Quand tu as fait ceci, je me suis senti comme ça, parce que j'ai besoin de cela, alors est-ce que tu serais d'accord de faire ceci ?".

Mais c'est bien trop réducteur.

Déjà, l'OSBD est davantage une façon de nous clarifier, seul·e de notre côté, avant de venir nous exprimer à l'autre, plutôt qu'un modèle de phrase toute faite.

La CNV n'est pas une technique ni une manière de parler : c'est une philosophie de vie, qui nous encourage à vivre en prenant en compte nos besoins et ceux des autres. Et elle propose des outils et des techniques pour nous y aider, dont l'OSBD.

On peut tout à fait parler en OSBD et être très violent. Ce qui compte, c'est notre non verbal : c'est ça que la personne va sentir avant tout. Donc si tu es dans une énergie d'imposer ton avis à l'autre, aucune technique ne pourra t'empêcher d'être violent·e.

La CNV se joue en profondeur, sur ton intention et tes émotions, plutôt qu'en surface sur des techniques et des phrases toutes faites.


4. La CNV n'est pas une manière de parler inauthentique ou robotique

Quand les gens ont ce cliché en tête, ils pensent souvent à la méthode OSBD, souvent résumée par :

"Quand tu as fait [OBSERVATION], je me suis senti [SENTIMENT], parce que j'ai besoin de [BESOIN], alors est-ce que tu serais d'accord de [DEMANDE] ?".

Et je te l'accorde, ça peut vite manquer de naturel. C'est normal, parce que cette phrase n'est pas vraiment faite pour être utilisée.

Quand on apprend un instrument, on fait ses gammes. Ce n'est pas spécialement beau, mais c'est utile : en décomposant les notes, et en les pratiquant à la suite, on gagne en maîtrise pour être de plus en plus fluide et naturel.

En CNV, c'est pareil : beaucoup d'incompréhensions et de tensions dans une relation viennent parce qu'on confond les observations des faits et leurs interprétations (le O de Observation), les besoins et les stratégies (B) ou les demandes et les exigences (D).

L'OSBD est une façon de faire ses gammes : c'est un processus à faire de ton côté, avec toi-même, pour te clarifier et éviter d'aller vers l'autre avec des jugements et des exigences, qui ont tendance à faire du mal aux relations.

En fait, cette phrase OSBD n'est pas spécialement faite pour être dite telle quelle, surtout à des personnes qui n'ont pas l'habitude de la CNV.

Quand tu parleras à l'autre, tu adapteras ton langage à l'autre pour exprimer clairement le O, le S, le B et le D, mais ça n'a pas besoin de suivre exactement ce modèle, tant que tu ne glisses pas de jugement. L'essentiel est que ça semble naturel : on appelle ça faire la girafe de rue (la girafe étant le symbole de la CNV).

De mon côté, j'avais du mal à m'exprimer, à être moi-même, et je trouve que la CNV m'a rendu plus authentique, pas moins.


5. La CNV n'est pas un truc de bisounours

Marshall Rosenberg, le fondateur de la CNV se faisait tabasser à l'école parce qu'il était juif. Plus tard, devenu psy, il a voulu comprendre pourquoi certains avaient recours à la violence quand d'autres avaient des relations apaisées.

Il a fait des médiations avec des tribus qui s'entretuaient au Nigeria. Il est allé pratiquer en prison. Il a travaillé avec des activistes qui luttaient pour les droits des noirs américains.

Il a réalisé à quel point la communication qu'on avait avec les autres et avec nous-même était violente, et qu'elle était à la racine des violences physiques.

Peu à peu, il a développé son approche, la Communication Non Violente, pour justement proposer une façon de communiquer qui ne cause pas ces violences.

Non, la CNV n'est pas un truc de bisounours... 


6. La CNV n'est pas une obligation

Il n'y a jamais aucune obligation en CNV. Elle est entièrement basée sur le consentement : celui des autres, mais aussi le tien.

L'idée de la CNV, c'est de te montrer que si tu veux prendre soin de ta relation avec toi-même ou avec quelqu'un d'autre, il y a des choix que tu peux faire qui prendront particulièrement soin.

Mais si tu n'en as pas envie, si tu ne te sens pas, si tu n'as pas le temps ou l'énergie, la CNV te dit : c'est ok, fais de ton mieux, surtout ne te force pas.

Et si tu ne te sens pas de faire quelque chose, la CNV te donnera des pistes pour faire les choix qui prennent quand même le plus soin.

On ne se force jamais en CNV. On fait des choix. Le but est justement de nous donner du choix là où autrefois on se mettait des injonctions. Et on a toujours le droit de dire non.


7. La CNV n'est pas une secte

Le but de la CNV est justement de te redonner de la liberté et du pouvoir d'action dans ta vie et tes relations.

Si la CNV qu'on t'enseigne te fait perdre en liberté : change vite de formateur ou de formatrice.

Et si tu te retrouves dans un groupe qui utilise la CNV pour balancer des critiques et reproduire des violences : fuis, ils sont passés à côté de la CNV.


8. La CNV n'est pas un truc de privilégié

Marshall Rosenberg, le fondateur de la CNV ne voulait pas que la formation CNV soit un métier à part entière. Il ne voulait pas que ça devienne un business.

Mais il est mort, et depuis, la formation CNV est devenue un business.

En France au moins, les prix sont un peu standardisés, à 240€ le stage de 2 jours, sur un weekend. Pour beaucoup de gens, c'est cher.

Afin de devenir certifié·e·s en CNV, les formateurs et formatrices doivent se payer de nombreux stages pour se former, pour un total entre 10'000 et 20'000€.

C'est extrêmement cher, et c'est un système tragique qui les encourage à garder leurs prix élevés pour rembourser leur investissement.

Donc oui, dans les faits, les formateurs tout comme les stagiaires ont souvent une bonne aisance financière.

Mais de plus en plus de formateur·ices proposent maintenant des tarifs adaptables ou prix libres, et lancent des initiatives pour enseigner la CNV gratuitement dans les banlieues ou à l'éducation nationale.

Et même si beaucoup de formateurs et formatrices CNV parlent de problèmes de privilégiés, parce que c'est ce qui parle à leurs clients principaux, de plus en plus, notamment Sophie Lewandowski que j'admire beaucoup, proposent une CNV qui s'engage contre les grandes injustices de notre époque.


9. La CNV n'est pas une injonction à ne plus s'indigner et se dépolitiser

Certains activistes ont peur que la CNV soit une autre façon d'anesthésier notre indignation contre les injustices de la société : pas du tout.

Marshall Rosenberg a pensé la CNV comme une approche pour transformer la société, afin que celle-ci prenne mieux soin des besoins de chacun et chacune... Ce qui est la définition d'une société plus juste.

"Si j'utilise la CNV pour apaiser les souffrances, sans transformer les systèmes d'oppression qui les ont engendrées, alors j'utilise la CNV comme un anesthésiant. Et ce n'est pas son but."Marshall Rosenberg

Il est vrai que la CNV est souvent utilisée pour traiter les problèmes du quotidien, que ma copine s'amuse à appeler "les problèmes de chaussettes sales".

Et il est vrai que ces problèmes n'ont pas la même envergure que les problèmes de racisme, d'homophobie ou d'oppression du gouvernement.

Mais de plus en plus de formateurs et formatrices CNV créent des initiatives engagées socialement, en cherchant à utiliser la CNV pour transformer la société, y compris en allant au conflit.

C'est l'avantage de la CNV. Elle n'a pas de souci à aller au conflit : elle les transforme.

Et c'est clairement dans cette visée que je m'inscris, avec ce site et ces articles sur la CNV.


Non : la CNV est simplement une approche pour avoir de meilleures relations, avec toi-même comme avec les autres.


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Loïc

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