Qu’est-ce que le déficit d’inhibition latente, chez le haut potentiel ?

On entend parfois dire que les hauts potentiels intellectuels et les zèbres ont un déficit d'inhibition latente...

  1. Mais d'abord, c'est quoi l'inhibition latente ?
  2. Qu'est-ce que ce déficit implique ?
  3. Et surtout, est-ce vrai que les hauts potentiels ont ce déficit ?

On va traiter chaque point un par un.


1. Qu'est-ce que l'inhibition latente ?

Tout le monde possède, livrée en kit avec son cerveau, de l'inhibition latente.

C'est la capacité du cerveau à faire le tri entre les différentes stimulations, sensorielles ou internes pour ne garder que les informations pertinentes sur le moment.

Imagine :
Tu travailles sur ton ordinateur, et derrière toi, il y a de l'eau qui goutte du plafond toutes les 2 secondes et atterrit dans une bassine.

Ploc.

Ploc.

Le bruit est un peu distrayant, mais finalement en te concentrant tu réussis à l'ignorer et à te concentrer sur ta tâche en cours. C'est comme si tu ne l'entendais plus.

Bravo : tu viens d'utiliser de l'inhibition latente. Maintenant occupe-toi de cette fuite d'eau insupportable 😉

C'est la même capacité qui te permet :

  • D'ignorer le bruit et la foule dans la rue pour te concentrer sur ton chemin
  • D'ignorer les conversations en arrière-plan et le bruit du ventilateur quand tu travailles
  • D'ignorer pendant un examen les bruits de bouche, de trousses, de feuilles qu'on retourne pour te concentrer sur ta propre copie

Mais peut-être qu'en lisant ces lignes, tu te dis :
Mais moi, je n'arrive pas à ignorer tout ça !

Ça, c'est signe que tu as un déficit d'inhibition latente.


2. Qu'est-ce que le déficit d'inhibition latente implique ?

Tu l'auras compris, ce déficit implique des difficultés à se concentrer. Mais c'est plus que ça.
Le déficit d'inhibition latente implique une difficulté à prioriser les informations importantes et ignorer le reste.

Concrètement :

  • Tu as tendance à être submergé·e d'informations, tu te sens perdu·e dès qu'il y a trop de stimulations...
  • Tu as du mal à rester dans l'instant présent, concentré·e sur tes sensations, parce que tes sensations sont "trop" : trop nombreuses, trop intenses...
  • Tu es fatigué·e de toutes ces informations et tu as mal à la tête en fin de journée ou après avoir été exposé·e à beaucoup de lumières, de bruits ou de foule...
  • Tu as du mal à choisir, parce que tu vois toutes les possibilités, avantages et inconvénients de chaque option...
  • Tu as du mal à prioriser tes tâches ou synthétiser plusieurs informations pour ne garder que l'essentiel...


3. Pourquoi les zèbres, hauts potentiels et hypersensibles ont un déficit d'inhibition latente ?

Les zèbres, les hauts potentiels et les hypersensibles ont ce qu'on appelle de l'hyperesthésie : de l'hypersensibilité sensorielle. C'est-à-dire qu'ils reçoivent et traitent plus d'informations de leur 5 sens que la moyenne des gens.

Pour rappel, zèbre = haut potentiel. A priori tous les zèbres sont hypersensibles, mais l'inverse est faux.

Attention : ce qui suit est une théorie de Jeanne Siaud-Facchin. Elle n'est pas à prendre pour argent comptant. Je l'expose dans cette partie, et on discute de sa validité ensuite.

La théorie de Jeanne Siaud-Facchin, c'est que les zèbres manquent d'inhibition latente par rapport à la quantité d'informations qu'ils reçoivent.

Prenons un exemple.

Imaginons qu'une personne classique (non zèbre, non hypersensible) possède une quantité A d'inhibition latente, qui lui permet d'inhiber une quantité A d'informations par seconde. Chaque seconde, elle reçoit cette quantité A d'informations, qu'elle peut inhiber facilement si besoin.

De leur côté, les zèbres reçoivent bien plus d'informations à cause de leur hypersensibilité sensorielle. Disons 10 fois plus, soit une quantité 10 x A d'informations par seconde. Le nombre 10 est arbitraire, il ne représente pas la réalité.

J'ai un peu simplifié pour expliquer simplement, mais globalement jusqu'ici, tout est vrai.

Maintenant, la théorie de Jeanne Siaud-Facchin c'est que les zèbres ont gardé le niveau d'inhibition latente d'une personne lambda (une capacité d'inhiber A informations par seconde) MAIS ils reçoivent bien plus d'informations à cause de leur hyperesthésie.

En suivant les chiffres de mon exemple, les zèbres reçoivent alors chaque seconde 10 fois plus d'infos qu'ils ne peuvent en inhiber (10A vs 1A) :

Impossible d'ignorer cette foutue goutte qui fait ploc ploc.

Et quand tu es inondé·e d'informations, tu préfères souvent te réfugier dans ta tête pour te protéger de ces agressions sensorielles. C'est donc ultra difficile d'être dans le moment présent, concentré·e sur tes sensations.

Comme si le moment présent était "trop".


Maintenant la question qu'on se pose, c'est : 

Est-ce que le déficit d'inhibition latente existe vraiment chez les hauts potentiels ?

Dans son livre Trop intelligent pour être heureux, sur les hauts potentiels, Jeanne Siaud-Facchin dit que chez les zèbres, la capacité d'inhibition latente ne suit pas l'augmentation d'informations reçues.

Le problème, c'est qu'elle ne cite aucune étude sur le sujet, et je n'ai pas réussi à en trouver de mon côté.
De plus, d'autres sources ont l'air de dire que la capacité d'inhibition latente augmente avec le QI.

La question à 1 000 000 € c'est donc la suivante :

Est-ce que quand le QI augmente l'inhibition latente augmente autant que la quantité d'information reçues ?

Si oui : l'inhibition latente augmente proportionnellement avec la quantité d'infos reçues
Les deux augmentations se compenseraient et il n'y aurait pas de déficit, ni de surcharge sensorielle.
-> Est-ce que c'est le cas chez tous les hauts QI, ou une partie seulement ?
- Si c'est pour tous, Jeanne Siaud-Facchin s'est trompée
- Si ce n'est pas le cas pour tous, la théorie de Jeanne Siaud-Facchin se tient

Si non : l'inhibition latente n'augmente PAS proportionnellement avec la quantité d'infos reçues
Alors il y a déséquilibre et surcharge d'informations, et la théorie de Jeanne Siaud-Facchin se tient.

En attendant qu'il y ait plus d'études sur le sujet, on ne peut que se baser sur des hypothèses et du ressenti. Et concernant ce-dernier, la théorie du déficit d'inhibition latente colle bien avec mon ressenti de zèbre : je suis submergé quand il y a trop d'informations sensorielles, c'est-à-dire souvent puisque j'ai une hypersensibilité sensorielle, et en effet je ressens une grosse difficulté à trier les infos importantes et ignorer celles qui sont secondaires.

Mais en est-ce la cause ? Ce n'est qu'un ressenti : ça vaut ce que ça vaut.
Et toi, tu le ressens comment ?


Le bon côté de la chose

Que ce déficit en soit la cause ou non, de toute manière les zèbres et les hypersensibles sont submergés d'informations. Mais malgré tout ce que j'ai cité, ça a aussi un bon côté !

Toutes ces sensations qui arrivent à notre cerveau font que nos souvenirs ont beaucoup de relief, que notre créativité est décuplée avec tout ce terreau d'inspiration, et je ne parle pas même pas de l'imagination...

Pour revenir au moment présent, quand on arrive à accueillir sereinement nos sensations, le monde devient une palette avec une infinité de nuances. On capte tous les détails et c'est magique :

Je me rappelle m'être émerveillé devant un lever de soleil sur la mer en Espagne : je voyais toutes les feuilles des arbres au loin qui s'étendaient avant la mer, toutes les mouettes qui volaient dans le ciel, et toutes les nuances du violet au rouge qui enflammaient l'horizon...

C'était magique, c'était enivrant. Rien que pour ça, ça valait le coup.

Ça vaut le coup.

Voir le bon côté de notre hypersensibilité peut nous aider à mieux l'accepter, y compris les mauvais côtés ☀️



Loïc

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