Pourquoi dit-on zèbre pour haut potentiel ou surdoué ?

On entend de plus en plus parler des zèbres pour désigner les personnes surdouées ou à haut potentiel. D'où vient ce nom ? Pourquoi dit-on zèbre pour haut potentiel ou surdoué ?

Il y a deux réponses possibles à cette question : 

  1. Pourquoi utiliser un autre terme pour remplacer haut potentiel et surdoué ?
  2. Pourquoi utiliser le terme zèbre en remplacement : que signifie-t-il ?

On va les traiter toutes les deux, mais commençons par la première.

Ah, et juste une chose : haut potentiel et surdoué sont deux synonymes. Ils seront utilisés de manière interchangeable.


1. Pourquoi dire zèbre plutôt que surdoué ou haut potentiel ?

Les termes surdoué et haut potentiel déclenchent de l'animosité et de la jalousie

En France, l'intelligence et le QI de quelqu'un sont tout aussi tabous que le montant de son salaire.

"Surdoué" ça sous-entend plus doué que les autres. Ça fait prétentieux (et c'est faux). Idem pour haut potentiel.

L'intelligence est un sujet tabou qui attise la jalousie et les passions, surtout en France où il ne faut surtout pas se "vanter".

Les personnes appelées "surdoués" ou "hauts potentiels" ont un QI élevé. Le QI mesure l'intelligence abstraite, conceptuelle. Et en soi, cette intelligence n'est pas forcément très utile. Ce n'est pas le philosophe qui va savoir réparer une fuite d'eau...

Ce qui attise la jalousie, c'est que c'est cette intelligence abstraite qui est la plus valorisée dans notre société. Les notes à l'école valorisent moins les travaux manuels que les maths et le français, et les plus hauts salaires sont rarement ceux des métiers manuels... La société oublie de valoriser les autres types d'intelligences : l'intelligence manuelle, sociale ou émotionnelle par exemple.

Avec une culture et un système aussi élitistes, les "surdoués" représentent donc les privilégiés du système, les chanceux. Alors on les envie, on leur en veut.

Mais si l'animosité envers les "surdoués" est si tenace, c'est aussi parce que le terme est chargé de préjugés... souvent faux : dans l'imaginaire collectif, le surdoué c'est celui ou celle qui récite Pi à 10 ans et devient PDG avant d'avoir son bac à 13 ans...

En entendant "surdoué" on croit que les personnes concernées sont privilégiées. Qu'elles réussissent mieux. Qu'elles sont meilleures que les autres. Mais elles ne sont pas meilleures. Juste différentes.

Certains "surdoués" réussissent mieux, c'est vrai. Mais pas tous, loin de là. Et surtout, être haut potentiel a des avantages mais aussi son lot d'inconvénients : notamment un cerveau qui ne s'arrête pas de parler, des décalages difficiles à vivre dans les relations sociales, des émotions à fleur de peau... Certains réussissent même très mal, socialement comme professionnellement : leur intelligence est tellement décalée et leur sensibilité si grande qu'ils n'arrivent pas à s'adapter au système.

Ce que je défends ici, c'est que le mot "surdoué" ne fait pas son boulot.

D'une part, les personnes "surdoués" ne veulent qu'une chose, être acceptées par les autres, mais sont rejetées à cause des préjugés et de la prétention associés au terme "surdoué".

Et d'autre part, les deux termes empêchent certaines personnes concernées de se reconnaitre.


Le terme "haut potentiel" est à la fois culpabilisant et prétentieux

un voltmètre pour mesurer le haut potentiel électrique

Si on pouvait mesurer le potentiel de quelqu'un, ça se saurait...

Même si haut potentiel fait légèrement moins prétentieux : l'intelligence est à l'état de potentiel, elle n'est pas forcément révélée... Eh bien "haut potentiel" ça sous-entend quand même avoir un plus grand potentiel que les autres. Ça reste prétentieux, et bien sûr c'est faux. On a tous un haut potentiel en quelque chose. Il faut juste découvrir en quoi.

On utilise donc en général haut potentiel (HP) comme diminutif de haut potentiel intellectuel (HPI), ce qui est déjà plus juste. Mais le mot "intellectuel" est encore trop relié à l'intelligence général. Et on tombe dans le même problème que pour surdoué.

Enfin, haut potentiel signifie qu'on a un potentiel à révéler : ça peut être culpabilisant pour les personnes concernées qui galèrent dans leur vie, et n'ont pas l'impression d'avoir révélé ce potentiel...

Ces personnes ne se reconnaissent alors ni dans le nom haut potentiel ni dans le nom surdoué :


Le terme "surdoué" empêche les personnes concernées de se reconnaitre

Comment se considérer "surdoué·e" ou à "haut potentiel" quand on a l'impression d'être doué·e en rien... sauf pour échouer partout ?

À force de subir des échecs à répétition dus à leur décalage, ces soi-disant "surdoués" se considère parfois davantage comme des "sous-doués".

Un mot correct est censé dire exactement ce qu'il veut dire, en se passant d'explication ET aider à la communication.

-> Mais quand on utilise le mot surdoué, il y a trop de clichés dans l'imaginaire des gens qui polluent la conversation, et on est obligé de rajouter une tonne d'explications pour rétablir la vérité. Comme ce que je viens de faire là, mais à chaque conversation.

Le plus simple c'est d'ailleurs ne pas utiliser ce mot, et d'utiliser l'un de ses remplaçants. Tu vois où on arrive.

De plus, un mot correct doit idéalement permettre de reconnaitre facilement ce qu'il désigne.

-> Mais les personnes concernées par la surdouance ne se reconnaissent pas dans ce terme parce qu'il leur parait trop prétentieux et ne leur corresponde pas.

Alors il a fallu trouver un autre terme, plus humble et plus juste.
Ce terme, c'est zèbre.

C'est Jeanne Siaud-Facchin, une psychologue française spécialiste des zèbres qui a inventé ce nom.


2. Que signifie zèbre ? La réponse de Jeanne Siaud-Facchin...

Jeanne Siaud-Facchin, la psychologue qui a inventé le terme zèbre

Jeanne Siaud-Facchin, la psychologue qui a inventé le terme zèbre

Jeanne Siaud-Facchin donne la réponse dans son livre Trop intelligent pour être heureux : l'adulte surdoué :

"Je continuerai donc de préférer le zèbre, cette terminologie que j'ai choisie pour se dégager des représentations pesantes.
Le zèbre, cet animal différent, cet équidé qui est le seul que l'homme ne peut pas apprivoiser*, qui se distingue nettement des autres dans la savane tout en utilisant ses rayures pour se dissimuler, qui a un besoin des autres pour vivre et prend un soin très important de ses petits, qui est tellement différent tout en étant pareil.
Et puis, comme nos empreintes digitales, les rayures des zèbres sont uniques et leur permettent de se reconnaître entre eux. Chaque zèbre est différent.
Je continuerai alors à dire et répéter que ces « drôles de zèbres » ont besoin de toute notre attention pour vivre en harmonie dans ce monde exigeant. Je continuerai à défendre tous ces gens « rayés » comme si ces zébrures évoquaient aussi les coups de griffe que la vie peut leur donner.
Je continuerai à leur expliquer que leurs rayures sont aussi de formidables particularités qui peuvent les sauver d'un grand nombre de pièges et de dangers. Qu'elles sont magnifiques et qu'ils peuvent en être fiers. Sereinement."

* Si tu te sens d'humeur pointilleuse, saches qu'il y a aussi un autre équidé qui n'a pas pu être apprivoisé par l'homme : le cheval de Prjewalski. Voilà.


Les caractéristiques des zèbres qui ressortent de cet extrait

  1. Les zèbres détonnent parmi les non-zèbres : "de drôles de zèbres"
  2. Chaque zèbre est unique mais les zèbres se reconnaissent entre eux : "comme des empreintes digitales"
  3. Les zèbres ont beaucoup d'empathie et tout autant besoin d'amour : "prend un soin très important de ses petits"
  4. Les zèbres utilisent leurs capacités pour dissimuler leur différence : "leur rayures"
  5. Les zèbres peuvent vivre des traumatismes à cause de leur fonctionnement : "des coups de griffe de la vie"
  6. Les zèbres peuvent apprendre à utiliser leurs capacités pour se protéger mais aussi s'épanouir : "sereinement"

Je ne suis on ne peut plus d'accord avec ça 😉


Les termes que j'utilise pour remplacer surdoué

Personnellement, j'utilise principalement les termes zèbres et haut potentiel.

Au quotidien, j'utilise le mot zèbre avec mes proches, qui connaissent le nom.

Avec les nouvelles personnes, j'utilise le mot zèbre, et s'ils ne connaissent pas, j'utilise haut potentiel : même si le nom haut potentiel a ses défauts, il reste le plus connu derrière surdoué, ce qui évite de devoir expliquer le mot à chaque fois. Si j'ai la motivation, ou qu'ils ne connaissent pas, j'explique.

J'aime aussi bien le nom philo-cognitif, inventé par Fanny Nusbaum et Olivier Revol dans leur livre éponyme :

Philo comme "philosophie" et comme "aimer" : ceux qui aiment penser et philosopher.

Le seul problème, c'est qu'il est encore moins connu que zèbre...



Loïc

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