Ça t'arrive de ruminer ? De ne pas réussir à lâcher prise ? Et si au fond, c'était parce que tu cherchais à contrôler quelque chose que tu ne pouvais juste pas contrôler ? Issue du stoïcisme, la dichotomie du contrôle t'invite à identifier le superflu pour lâcher prise dessus.
Elle t'aide à sortir de l'impuissance en identifiant là où tu peux faire un choix... eqt en reprenant du libre arbitre, tu retrouves un peu de pouvoir d'action sur ta vie.
Découvre la dichotomie du contrôle expliquée en profondeur, les cas limites, et surtout :
Comment l'utiliser au quotidien pour améliorer ta vie
Qu'est-ce que la dichotomie du contrôle ?
La dichotomie du contrôle est issue du stoïcisme, une philosophie de Grèce et de Rome antique :
C'est l'idée que dans la vie, il y a les choses qu'on contrôle, et celles qu'on ne contrôle pas.
On distingue ainsi les choses qui sont dans notre zone de contrôle - c'est-à-dire qui sont en notre pouvoir - des choses qui ne le sont pas.
Par exemple :
- Tu ne contrôles pas le temps qu'il fera demain ou les réactions des autres.
- Mais tu contrôles ce que tu dis ou fais maintenant.
La force de la dichotomie du contrôle, c'est qu'elle est très pragmatique : on ne perd pas son temps à agir sur ce qu'on ne peut pas changer.
Marc Aurèle, l'empereur romain stoïcien a résumé la dichotomie du contrôle dans cette célèbre citation :
Que la force me soit donnée de changer ce que je peux changer, Le courage d'accepter ce qui ne peut l'être, Et la sagesse de distinguer l'un de l'autre.Marc Aurèle
Cette dichotomie cherche juste à identifier s'il y a un lien de cause à effet direct et systématique entre mon intention et le résultat associé :
Je veux faire XYZ => XYZ se produit à coup sûr.
Par exemple :
- Je veux lever mon bras => Mon bras se lève.Ça marche systématiquement : j'ai du contrôle sur mon bras.
- Je veux que Maxime fasse sa vaisselle => Maxime fait sa vaisselle.Ça ne marche pas à coup sûr : je n'ai pas de contrôle sur le comportement de Maxime.
Important :
Certaines personnes ont tendance à tiquer sur le mot "contrôle", probablement parce que ça a une connotation péjorative : chercher à contrôler les autres, ça fait très tyran, non ?
Dans cet article et tous les autres, j'utilise le mot contrôle de manière très neutre, sans connotation négative :
Ce qu'on contrôle = ce qui est en notre pouvoir = ce sur quoi on a un pouvoir d'action = ce sur quoi on a la main.
Chercher à contrôler = chercher à modifier = chercher à influencer.
Ceci étant dit, je te propose maintenant d'explorer plus finement la distinction entre ce qu'on contrôle, ou non.
Qu'est-ce qu'on contrôle ? Zoom sur la zone de contrôle
Globalement, on contrôle :
- Nos actions
- Nos paroles
- Nos pensées
- Nos décisions
Bien sûr, on peut agir, parler, ou penser de manière automatique. Mais parce qu'on a une conscience, quand on décide de les contrôler, on en prend le contrôle :
- Si tu décides de penser à un bâteau, et bien tu vas penser à un bâteau.
- Si tu décides de dire Bonjour, tu vas dire Bonjour.
- Si tu décides de t'asseoir à ton bureau, tu vas t'asseoir à ton bureau.
Il y a des limites à ce contrôle qu'on explorera un peu plus bas.
Qu'est-ce qu'on ne contrôle pas ? Zoom sur la zone d'impuissance
On contrôle nos actions, paroles, pensées et décisions... mais tout le reste échappe à notre contrôle.
On n'a donc pas de contrôle sur...
- Les autres, leurs réactions et leurs émotions
- Les événements, le passé et le futur
- Nos propres émotions
- Et tout le reste
Par exemple, si j'organise un week-end pour mon anniversaire, je n'ai pas de contrôle sur la météo qu'il fera...
Mais j'ai du contrôle sur mes préparatifs.
En prenant en compte la loi de Murphy, qui nous encourage à nous préparer en considérant que si le pire peut arriver, il arrivera...
Alors je peux me préparer au pire et anticiper l'éventualité qu'il pleuve.
Au lieu de stresser toute la semaine en espérant qu'il ne pleuve pas, je prépare donc des tonnelles pour pouvoir abriter tout le monde et continuer la fête, même s'il pleut.
La météo n'est pas en mon pouvoir, mais mes actions pour m'y préparer si.
L'interface d'influence, illustrée dans l'activisme
Le truc, c'est qu'il y a des choses qui nous dépassent, qu'on ne contrôle pas...
Mais sur lesquelles on a de l'influence.
L'idée de la dichotomie du contrôle n'est pas de rester fatalistes face aux gouvernement et entreprises qui détruisent notre planète.
L'idée, est plutôt de ne pas faire un burn-out.
Parce que si on ne contrôle pas directement le comportement du gouvernement, on contrôle nos actions directes.
Et ces actions ont une influence sur le reste du monde :
À la limite de notre zone de contrôle, il y a une interface, l'interface d'influence.
Par exemple, si je vois passer une pétition, je peux la signer. C'est dans mon pouvoir. Même si l'influence reste faible : elle dépend du nombre de personnes qui vont la signer aussi, et de comment le gouvernement va la recevoir.
La pétition contre la loi Duplomb a explosé en nombre de signatures, mais le gouvernement l'a ignorée. Dur.
Je peux faire des actions militantes, bloquer l'entrée à l'Élysée, jeter de la soupe sur un tableau protégé par du verre... Et ça peut avoir un impact, au moins médiatique.
Mais au bout du compte, je ne sais pas quel impact réel je vais avoir sur le problème : la réussite de mon objectif n'est qu'une probabilité, jamais une certitude.
Quelle que soit mon action, celle-ci interagit avec ma zone de non contrôle via l'interface d'influence, mais je ne pourrai jamais assurer ce qu'il se passera de l'autre côté : ça reste un lancer de dé.
Je peux espérer. Mais si cet espoir me fait fantasmer que mes actions vont réussir, à coup sûr, sans le détachement et le lâcher prise que la dichotomie du contrôle permet... Alors je vais constamment être déçu, souffrir, et me perdre à vouloir en faire toujours plus.
C'est là que je risque le burn-out militant.
L'idée est donc d'agir courageusement dans ma zone de contrôle, et de faire de mon mieux pour lâcher prise sur le résultat.
Et si le niveau d'impact des actions engagées revient à lancer un dé, alors c'est à force de recommencer, collectivement, à lancer le dé qu'on finit par avoir un impact. C'est comme ça que les sociétés ont toujours évolué.
Un exemple d'utilisation de la dichotomie du contrôle
Reprenons l'exemple de Maxime et de la vaisselle, en imaginant qu'on vive ensemble en colocation :
Que Maxime fasse la vaisselle ou non, in fine, c'est lui qui décide. C'est un être libre. Je n'ai pas de contrôle sur son comportement.
Bien sûr, et tu me diras que cet article devient soudainement très glauque, je peux le menacer avec un pistolet sur la tempe. "Aux grands maux les grands remèdes".
Mais il reste libre. Il peut toujours choisir de ne pas faire la vaisselle, malgré ma menace. Et je peux toujours choisir de mettre ma menace à exécution ou non.
Revenons maintenant à une approche non violente : au lieu de sortir les armes, je demande tranquillement à Maxime de faire sa vaisselle, et je lui dis que ça m'aiderait beaucoup parce que j'ai pas mal de travail ces temps-ci et que c'est compliqué de cuisiner quand toutes les poêles sont sales.
Faire cette demande, c'est dans mon contrôle, mais sa réponse à ma demande ne l'est pas.
S'il refuse de faire la vaisselle, j'ai le choix de m'énerver. Mais pas sûr que ça améliore la situation...
Si Maxime me met hors de moi, je suis sous le coup de la colère, une émotion qui n'est pas dans mon contrôle.
L'émotion n'est pas dans mon contrôle, mais ma réaction à celle-ci oui.
Je ne contrôle pas le fait que je sois en colère ou non, par contre je choisis de réagir à ma colère ou non, c'est-à-dire de crier, de taper du poing, etc...
La réaction de Maxime reste hors de mon contrôle.
Et je ne peux pas non plus décider d'arrêter d'être en colère.
Je peux par contre décider comment j'y réagis. Par exemple :
- Dire à Maxime que je suis trop en colère pour discuter et lui proposer d'en rediscuter plus tard quand je serai calmé.
- Arrêter de parler et prendre du temps pour me concentrer sur mes sensations.
- Voir un ami à l'oreille compatissante et lui raconter tout ce qui m'énerve chez Maxime pour pouvoir me calmer.
- Sortir faire un tour, courir, crier ou taper du pied dans des cailloux.
- Frapper mon oreiller.
- Et plein d'autres choses...
Une fois calmé, je peux choisir une approche plus pragmatique face au refus de Maxime, et voir quelles options sont dans mon contrôle :
- Prendre le temps de discuter plus en détails avec Maxime de la répartition des tâches ménagères dans la colocation et voir quelles solutions on peut trouver ensemble.
- Accepter de faire sa vaisselle sans lui en vouloir. Si je l'accepte vraiment, avec le coeur ouvert... pourquoi pas ?
- Répartir autrement et décider par exemple qu'il fait les courses tandis que moi je fais la vaisselle.
- Et si la situation reste déséquilibrée et que ça me pèse, je peux toujours prendre la vaisselle de Maxime et la poser dans un coin pour qu'elle ne m'embête plus. Je peux même la poser devant sa chambre.
- Enfin, si la situation me fait souffrir et ne change toujours pas, je peux toujours quitter cette colocation et trouver un autre appartement où vivre seul.
- Et plein d'autres possibilités...
Mes seules limites sont ma zone de contrôle et ma créativité.
Comment utiliser la dichotomie du contrôle au quotidien
Ainsi, en distinguant clairement ce qui est en mon pouvoir et ce qui ne l'est pas, je peux agir sur la situation de façon à ce qu'elle me convienne, sans perdre mon énergie à essayer de changer des choses qui ne changeront pas.
Si la situation ne me convient pas, j'ai toujours le choix entre :
- L'accepter.
- La changer.
- La quitter.
Et si je ne peux ni la changer ni la quitter (ce qui est très rare), il me reste toujours la possibilité de l'accepter.
En t'entraînant régulièrement à regarder une situation et distinguer ce que tu contrôles de ce que tu ne contrôles pas, tu finiras par adopter ce réflexe et avoir plus de clarté mentale les fois suivantes.
Le plus facile à appliquer, c'est de te demander ceci la prochaine fois que tu te retrouves stressé·e par une situation :
Quelle est la prochaine action dans ma zone de contrôle qui me permet d'améliorer la situation ?
En agissant petit pas par petit pas, tu retrouveras progressivement un sentiment de contrôle sur la situation, et plus de détente...
Les limites de notre contrôle
Nos actions sont dans notre zone de contrôle.
Ainsi, si je décide de bouger le petit doigt, je le fais, tout simplement.
Pourtant, un matin je me suis réveillé, et ça n'a pas marché.
En émergeant du sommeil, j'ai décidé de bouger ma main.
Et ma main n'a pas bougé.
Alors j'ai paniqué.
J'ai vu que mon bras droit était tout mou et ne réagissait pas à mes intentions.
Quand je cherchais à bouger mes doigts, ceux-ci ne bougeaient pas.
J'ai tellement paniqué que j'y ai mis toute ma volonté.
JE VAIS BOUGER CES DOIGTS MAINTENANT !
Et en forçant avec toute ma volonté, j'ai réussi à serrer le poing. Puis j'ai agité frénétiquement mes doigts de nouveau vivants jusqu'à reprendre complètement l'usage de mon bras.
J'ai repris le contrôle de mon bras, et heureusement, tout est rentré dans l'ordre.
Que s'était-il passé ?
Je m'étais endormi sur mon bras droit, plus précisément sur mon nerf, et la connexion avec ma main ne passait plus. En forçant, la connexion s'est réétablie et ma main est redevenue fonctionnelle.
Cet exemple illustre l'idée suivante :
On ne contrôle vraiment que très peu de choses.
Parfois sous le coup de l'émotion, nos pensées échappent à notre contrôle.
Ou on veut vraiment exprimer quelque chose, par exemple un Je t'aime ou Tu me plais, mais on a tellement peur qu'on n'y arrive pas.
Ou on veut bouger notre main, mais celle-ci ne répond pas. Les personnes paraplégiques ou tétraplégiques pourront malheureusement témoigner...
Ainsi, on ne contrôle pas toujours nos pensées, nos paroles ou nos actions.
Tout ce qu'on contrôle vraiment, ce sont nos intentions et nos décisions...
... à condition qu'on les choisisse consciemment.
La dichotomie du contrôle m'apprend peu à peu l'humilité face à la réalité. J'ai moins de pouvoir que ce que je pensais... Je ne suis pas tout-puissant. C'est frustrant, et parfois j'aimerais tellement l'être... Mais je ne peux pas.
C'est triste, mais c'est comme ça.
Pourtant, plus j'accepte mes limites, plus je peux me concentrer sur ce que je contrôle vraiment...
Et plus je suis en paix.
La dichotomie du contrôle résumée en tableau
Dans notre zone de contrôle | Dans notre zone de non contrôle |
|---|---|
Nos actions | Le passé et le futur |
Nos paroles | Les événements extérieurs |
Nos pensées | Les autres |
Nos décisions | Nos émotions et celles des autres |
